Table ronde : risques et protection de la personne

Eric Bardin

Bruno BAISEMAIN ; Eric BARDIN ; Marie Claude SENTY ;

Un exemple : les personnes âgées sous protection : maintien à domicile ou placement ?

La difficulté est de trouver l’équilibre, c’est-à-dire, de n’être ni dans le trop, ni dans le trop peu, ce qui semble être parfois le cas. Les tuteurs répondent souvent aux majeurs qui sont les plus pressants. Il convient alors également de porter son attention sur ceux qui ont des incapacités ou des faiblesses de communication afin qu’ils ne soient pas oubliés.

Il ne faut pas infantiliser la personne âgée, éviter de reproduire ses propres schémas, éviter d’être dans le répressif ou la moralisation surtout dans cette pratique tutélaire qui peut être d’une extrême violence, car restrictive en termes de droits. Il est opportun de se souvenir que ces mesures sont d’abord et avant tout destinées à garantir les libertés individuelles. Nous avons à nous adosser à la partie libre de la personne protégée.

Chaque service utilise les moyens qui lui conviennent le mieux pour tenter d’éviter les dérives ou « les abus de pouvoir ». Ici, on fait superviser l’action par un psychologue pour analyser les comportements et les pratiques, repérer les enjeux . Là, on privilégie le fait de favoriser l’utilisation des voies de recours : on explique au majeur comment il peut contester la décision qui a été prise par le tuteur , au besoin en l’aidant à rédiger sa requête. Ailleurs, les réclamations écrites ou les expressions d’insatisfaction sont systématiquement traitées avec l’encadrement afin d’introduire un tiers dans le conflit naissant, le juge pouvant également être saisi en cas d’échec de cette médiation.

Face à une tendance actuelle qui serait d’essayer de placer la personne âgée dans une institution jugée plus adaptée et moins génératrice de risques que le maintien à domicile, dès que son état de santé se dégrade, les participants à la table ronde expliquent que la décision finale appartient à la personne protégée qui garde sa liberté de choix. Dans la pratique, le tuteur attend souvent le dernier moment et parfois une hospitalisation pour placer la personne en maison de retraite, en accord avec les médecins. Le tuteur est de fait conduit à essayer de convaincre, de persuader la personne âgée de l’opportunité d’une telle décision.

Il ne faut pas forcer les personnes, il faut trouver un large éventail de solutions, les maintenir à domicile tant que c’est possible. Ceci passe sans doute pour l’amélioration de l’écoute et par la mise en place d’une phase préparatoire, d’expérimentation qui existe dans certains départements (des demi-journées en maison de retraite par exemple...). Cela permettra à la personne d’accepter progressivement l’idée de sa dépendance. N’oublions que la mission d’un tuteur n’est pas de préserver la personne en éliminant tous les risques potentiels mais de favoriser autant que faire se peut ses choix propres.

Ne vaut-il mieux pas accompagner la personne âgée sous-tutelle dans ses choix de fin de vie ? Cela passe sans doute par un changement des mœurs de la société française afin de permettre au tuteur de trouver une réponse à cette interrogation.

La table ronde s’est achevée sur un échange avec la salle.

Dernière mise à jour : mardi 6 mars 2012


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